Une situationship, c’est une relation qui ressemble à un couple (vous vous voyez souvent, vous partagez de l’intimité, vous vous écrivez tous les jours) mais que personne n’a jamais nommée. Ni simple aventure, ni histoire officielle : un entre-deux confortable au début, souvent épuisant à la longue. Si vous vous demandez « on est quoi, au juste ? », vous y êtes probablement. Voici comment reconnaître une situationship, comprendre pourquoi elle s’installe, et surtout comment en parler pour en sortir, dans un sens ou dans l’autre.

Situationship : définition d’une relation sans étiquette

Le mot, contraction de situation et relationship, s’est imposé sur les réseaux sociaux au point de figurer parmi les huit finalistes du mot de l’année 2023 de l’Oxford University Press. Il désigne une relation romantique ou intime qui n’est pas considérée comme formelle ou établie.

Ce qui la distingue d’une relation libre ou d’un « plan régulier », c’est moins l’absence d’engagement que l’absence de conversation sur l’engagement. Dans une relation libre, les règles sont posées. Dans une situationship, elles sont devinées. Et c’est précisément ce flou qui crée de l’anxiété, surtout quand l’un des deux s’attache plus vite que l’autre.

Ce que ce n’est pas

  • Le début d’une histoire : les premières semaines sont souvent floues, c’est normal. Une situationship, c’est quand le flou dure des mois sans évoluer.
  • Une relation non exclusive assumée : si vous avez tous les deux choisi, en le disant, de ne pas vous engager, ce n’est pas une situationship, c’est un accord.

Les signes que vous êtes dans une situationship

Aucun signe isolé n’est décisif, mais plusieurs ensemble dessinent un tableau assez clair :

  • Vous ne savez pas comment présenter l’autre à vos amis : « quelqu’un que je vois », « c’est compliqué ».
  • Les projets ne dépassent pas le week-end. Les vacances, les fêtes de fin d’année ou les anniversaires restent des terrains glissants.
  • Vous ne connaissez pas ses proches, et la question n’a jamais été abordée.
  • L’exclusivité n’a jamais été évoquée, et vous n’osez pas demander s’il ou elle voit d’autres personnes.
  • Le rythme dépend d’une seule personne : l’un propose, l’autre dispose.
  • Vous analysez ses messages avec vos amis pour en deviner le sens.
  • Vous évitez la question « on est quoi ? » par peur que la réponse mette fin à tout.

Ce dernier point est le plus révélateur : si une conversation simple vous fait peur au point de la repousser indéfiniment, c’est que la relation ne vous apporte pas la sécurité dont vous avez besoin.

Pourquoi les situationships se multiplient

Des rencontres plus nombreuses, des choix moins définitifs

Les applications donnent l’impression d’un choix illimité. Beaucoup hésitent à « fermer la porte » à d’autres possibilités tant qu’ils ne sont pas sûrs. Résultat : on reste dans une relation à mi-chemin, en attendant de savoir.

La peur de l’étiquette… ou du refus

Nommer la relation, c’est prendre le risque d’entendre « non ». Pour beaucoup, il semble plus sûr de ne rien demander. Le problème : ce silence ne protège personne, il retarde juste la déception.

Le timing et la saison

À l’automne, l’envie de compagnie augmente, un phénomène que nous détaillons dans notre article sur la cuffing season. C’est aussi une période propice aux relations « de saison » qui démarrent vite sans que personne ne sache où elles vont.

Le vrai risque : l’asymétrie

Une situationship n’est pas un problème en soi. Elle le devient quand les deux personnes n’attendent pas la même chose. Celle qui espère davantage vit dans l’attente, interprète chaque geste, et s’oublie peu à peu. Celle qui se contente du flou ne se rend parfois même pas compte du déséquilibre.

Méfiez-vous aussi des schémas extrêmes : une alternance d’intensité folle et de distance brutale peut ressembler à du love bombing, et une relation floue se termine souvent par une disparition sans explication, le fameux ghosting. Si vous reconnaissez ces dynamiques, protégez-vous en priorité.

Comment parler de la relation sans faire fuir l’autre

La conversation fait peur, mais elle se prépare. Voici une méthode en quatre temps.

1. Clarifiez d’abord ce que vous voulez

Avant de demander « on est quoi ? », répondez pour vous-même : voulez-vous l’exclusivité ? Une relation officielle ? Simplement savoir si l’autre voit d’autres personnes ? Plus votre besoin est précis, plus la conversation sera simple.

2. Choisissez le bon moment

Évitez les messages à 2 heures du matin et les conversations juste après un moment intime. Un moment calme, en face à face, sans enjeu immédiat, est idéal.

3. Parlez de vous, pas de l’autre

Comparez « Tu ne t’engages jamais » avec « J’ai besoin de savoir où on va, parce que je commence à m’attacher ». La seconde formule n’accuse personne et laisse la place à une vraie réponse. Exemples de phrases d’ouverture :

  • « J’aime beaucoup ce qu’on vit. J’aimerais savoir comment toi tu vois les choses. »
  • « De mon côté, je ne vois personne d’autre. Et toi, tu en es où ? »
  • « Je préfère qu’on en parle maintenant plutôt que de me faire des idées. »

4. Écoutez la réponse… telle qu’elle est

« Je ne sais pas », « je ne veux pas me prendre la tête » ou « on verra » sont des réponses. Elles signifient le plus souvent que l’autre ne souhaite pas s’engager aujourd’hui. Ne les transformez pas en « peut-être bientôt ». Laissez-lui un peu de temps pour réfléchir si besoin, mais fixez-vous une limite intérieure.

Sortir d’une situationship avec élégance

Si la réponse ne vous convient pas, partir est un choix de respect envers vous-même, pas un échec.

  • Dites-le clairement, de préférence de vive voix ou par un message honnête : « Je cherche quelque chose de plus engagé, donc je préfère qu’on arrête là. » Pas besoin de justifier longuement.
  • Prenez de la distance : coupez les messages « juste pour prendre des nouvelles », masquez ses stories quelque temps. Le flou se réinstalle vite si la porte reste entrouverte.
  • Accordez-vous le droit d’être triste. Une relation non officielle peut laisser un vrai chagrin, et il est légitime.
  • Tirez-en un enseignement : quels signaux aviez-vous vus dès le début ? Qu’est-ce que vous direz plus tôt la prochaine fois ?

Pour la suite, un outil simple aide à repérer ce qui compte vraiment pour vous : les langages de l’amour. Savoir si vous avez surtout besoin de temps partagé, de mots ou de gestes permet d’exprimer vos attentes plus tôt, avant que le flou ne s’installe.

Et si la situationship vous convient ?

C’est tout à fait possible. Certaines personnes ne veulent pas de couple pour le moment, par choix, par manque de temps ou après une rupture. Dans ce cas, la clé reste la même : le dire. Une relation légère et assumée par les deux, avec des règles claires (exclusivité ou non, protection, fréquence), n’a rien de toxique. Ce qui fait souffrir, ce n’est pas l’absence d’étiquette, c’est l’absence d’accord.

FAQ : situationship

Combien de temps dure une situationship ?

Il n’y a pas de règle. Certaines deviennent des couples après quelques semaines, d’autres durent des mois. Si rien n’a évolué après deux ou trois mois et que cela vous pèse, il est temps d’en parler.

Une situationship peut-elle devenir une vraie relation ?

Oui, à condition que les deux le souhaitent et le disent. Elle évolue rarement toute seule : il faut presque toujours une conversation explicite.

Quelle différence entre situationship et relation libre ?

La relation libre repose sur un accord explicite de non-exclusivité. La situationship repose sur un non-dit : personne ne sait vraiment quelles sont les règles.

Comment savoir si l’autre veut plus ?

Le seul moyen fiable est de lui demander. Les signes (messages, temps passé ensemble) peuvent être trompeurs dans les deux sens.

Photo à la une : Priscilla Du Preez / Unsplash.